Archive for the ‘Bouts de poésie’ Category

Le pli des jours

7 juillet 2009

lepli

Prends-tu le pli du jour,
Du soleil qui se lève,
Du vent et ses détours,
De la nuit et ses rêves ?

Regardes-tu le ciel,
Te souvenant des heures
Où tu avais des ailes
Et nous toisais, moqueur ?

Comprends-tu l’être humain,
Ses afflictions, ses guerres,
Ce qu’il détruit de bien
Pour créer, ce qu’il perd ?

As-tu la nostalgie
Du temps qui a passé,
De ton ancienne vie,
Ton Eden embrumé ?

Mon ange, dis-moi tout
De ce qui nous attend,
De comment c’est au bout,
Du chemin que l’on prend.

Dis-moi comme c’est beau,
Combien ça vaut la peine
De faire un numéro,
Et puis quitter la scène.

Dis-moi que tous y vont,
Qu’importe l’existence
Qu’on a menée ; au fond,
Ca n’a plus d’importance.

Dis-moi qu’il ne faut pas
Mourir en ayant peur ;
Ce qu’on commence en bas,
On le finit ailleurs ?

J’ai vu l’océan bleu,
Les montagnes d’ivoire,
Le soleil lorsqu’il pleut
Tomber quand vient le soir.

J’ai vu l’Asie, l’Afrique,
L’Europe et ses rivages,
Traversé l’Atlantique ;
M’as-tu vu des nuages ?

J’ai aimé comme on aime,
J’ai souffert comme on souffre :
Je prends ce que Dieu sème
Jusqu’aux portes du gouffre.

Ne pleure pas, mon ange,
Jamais ne me regrette :
Rien dans le coeur ne change
Lorsque la vie s’arrête.

Je prends ton auréole
Et attendrai, je jure,
Qu’à ton tour tu t’envoles
Pour panser nos blessures.

Prends-tu le pli des jours
Quand sans moi, tu te lèves ?
Je t’attends au détour
De ton ultime rêve.

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Chaque jour

6 mai 2008

Égrène tes remords au fil de nos années,
Des marques sur nos corps qu’on ne cesse d’user ;
La liste de mes torts ne peut que s’allonger
À mesure qu’on dort un peu plus éloigné

Chaque jour que Dieu fait.

Répands en moi tes peurs de nous sentir vieillir
En feignant un bonheur qu’on a vu hier mourir :
Si je vois ta douleur, je ne peux pas guérir
Tes blessures au cœur que tu laisses pourrir

Chaque jour, sans le dire.

Laisse courir tes cris le long de mes silences,
Quand tu sais que je fuis les piques que tu lances.
Dans nos yeux, je ne lis ni haine ni violence,
Mais les mots que tu nies creusent sans importance

Chaque jour, ton absence.

Écume au bord des yeux les larmes qui te coulent :
Tu dis pleurer pour deux ? Les miennes aussi roulent,
Le doute y est aqueux, de l’eau que je refoule,
D’une lie d’amoureux qui nous draine et me saoule

Chaque jour qu’on s’écroule.

Finis pour moi l’histoire alors que je suis lâche,
J’acquiesce sans y croire aux choses que tu caches.
Le pansement qu’un soir, d’un seul coup l’on arrache,
Fait moins mal qu’un espoir voué à ce qu’on le gâche :

Chaque jour nous détache.

Nous faire renaître

1 novembre 2007

renaitre.jpg

 

Murmure au gré du vent où les mots me bousculent,
Parlent plus lentement et ainsi s’articulent.
J’essaye, il faut du temps pour que je te comprenne :
Je suis tes errements, le sillon de tes peines.

Tu me dis le mensonge et quelques vérités,
Dilues ce qui te ronge avec un peu de vrai.
Tu salis et j’éponge, on lave tes erreurs
Dont la liste s’allonge au fil de tes humeurs.
  
Parfois à moi la faute, à toi la déception,
Ou comment être un hôte en sa propre maison.
On se dit côte à côte, on est loin d’être ensemble;
L’un prend ce que l’autre ôte, et les deux se rassemblent.
  
J’entends les chuchotis de ceux qui parlent trop,
Croient savoir ce qu’on vit et le rendent moins beau.
Je me fous de l’avis, de la bonne conscience,
De l’opinion d’esprit qu’expriment leurs croyances.
   
On dit que je me trompe, or tu le fais pour deux ;
Qu’avant qu’un fil ne rompe, il faut lui faire un nœud ;
Qu’il manque un coup de pompe au pneu qui perd de l’air.
Mais quand l’amour s’estompe, il y a quoi à faire ?
   
Je prends tout le reproche, alors qu’il est coupable,
Et le met dans ma poche ; au fond je sens du sable,
Petits cristaux de roche en grains de souvenirs,
D’un passé assez proche où l’on riait du pire.

Murmure en refrain sourd, la vie gratte l’accord,
Me ramène à ces jours où je nous croyais forts.
J’essaye, ou fait tout pour tenter de nouveau l’être :
Je suivrai tes détours jusqu’à nous voir renaître.

Même sans toi

16 juillet 2007

Même sans toi

Même calme jardin, un secret de quartier,
Transmis par les doyens aux nouveaux initiés,
Même sourire au coin de mes lèvres usées,
Quand l’alliance à ma main me renvoie ton reflet.

Même soleil d’hiver aux portes du printemps
Qu’une pluie passagère exacerbait en blanc,
Mêmes chaises de fer qu’on préférait au banc
Pour deux, la belle affaire, on n’avait pas vingt ans.

Même musique au cœur, jouée par des troubadours,
De plaisants amuseurs qui te faisaient la cour,
Même petite odeur sucrée, pommes d’amour,
Qu’on dévorait à l’heure où se couchait le jour.

Même rire, malice en dessous des étoiles
Quand l’agent de police, alerté, parlait mal,
Même fuite complice alors que le signal
Envoyait la milice au creux du pastoral.

Même mélancolie que le jour de ta mort,
J’entends les coups, les cris qui résonnent encore,
Même tristesse inouïe quand j’ai senti ton corps
Se vider de sa vie sur un ultime accord.

Mêmes yeux demi clos, et la promesse faite
Qu’on se verrait là-haut, sans que rien ne s’arrête
Même si c’était faux, même si c’était bête,
Je m’accroche à ces mots pour ne pas perdre tête.

Même jour, même endroit, mais dix années d’écart,
Dix ans passés sans toi à vouloir te revoir ;
Même gamin tremblant à la trouille du noir,
Qui se sort du néant qu’a laissé cette histoire.

Même très lentement, prendre un nouveau départ.

J’ai mal

22 juin 2007

J’ai mal pour deux,

Quand je vois que tu fuis mes yeux,

Et pour un peu,

Je retomberais amoureux.

J’ai mal pour toi,

Mal de te voir jouer à ça,

Quand dans nos draps

Tu viens te coller contre moi.

    

J’ai mal au coeur,

Quand je sens sur toi son odeur,

Et par malheur,

J’entends aussi, tout bas, tes pleurs.

J’ai mal, au fond,

Mal de ne pas être le bon,

Toi, moi. Lui. On ?

L’addition porte à confusion.

   

J’ai mal, je pense,

Quand je feins mon indifférence,

Et par malchance,

Ce n’est pas moi à qui tu penses.

J’ai mal, pourtant,

Mal que tu n’aies pas vu vraiment

Qu’avec le temps,

J’ai appris à voir quand tu me mens.

  

J’ai mal surtout

Quand je pense qui, quand et où,

Et par à coups,

L’histoire se meurt entre nous.

J’ai mal pour rien,

Mal de te voir déjà si loin :

Je sais la fin

Depuis qu’on s’est lâché la main.

J’ai mal