Les Candidats #1

Un petit pas pour vous, un grand pas pour moi : voici donc un premier extrait de ce roman sur lequel je travaille tant, « Les candidats ». Plutôt que de trop en révéler et de gâcher les potentielles surprises, je ne vous livre que le postulat de départ : Max, fils unique, vient de perdre sa mère. Vivant seul avec elle depuis des années, il se réfugie derrière un détachement de circonstance pour masquer le bouleversement qu’il traverse tout en expérimentant un sentiment qui m’est cher dans mes écrits : l’abandon.

Je tâcherai de proposer régulièrement des bouts de ce que j’écris, donc, une fois par semaine idéalement. Parce que c’est le premier et que vous découvrez le « héros » et son histoire, il est évident qu’il n’aura pas le même impact qu’une nouvelle ayant un début et une fin établis. J’ai hésité d’ailleurs un temps à autoriser les commentaires sur ces extraits, difficiles à juger hors contexte, mais finalement je ne me suis jamais enfui devant les critiques et les réactions, au contraire.

(C’est fou, je tape et mes doigts s’agitent, je crois que je réalise enfin ce que cette année va représenter comme changements ^^)

Bref, quand il faut y aller… Ce qui suit correspond à la fin du tout premier chapitre.

***

« – Euh… bonsoir.

Ma voix résonne dans la nef. Elle tremble : moi aussi. J’ai préparé un discours. C’est ce que je dis d’ailleurs.

– J’ai préparé un discours. Mais… ça me semble obsolète, maintenant.

Je prends une profonde inspiration, qu’amplifie le micro à pied.

– J’ai écouté tous les intervenants. Je les ai écoutés parler de ma mère. Ils auraient pu parler de quelqu’un d’autre, ça n’aurait pas été différent : vous connaissez une femme que je n’ai jamais rencontrée. Elle était une collègue pour certains d’entre vous, un médecin pour d’autres. Elle était une amie, une confidente ou un mentor, un exemple ou simplement quelqu’un, une personne qu’on côtoie sans vraiment savoir qui elle est. Elle était peut-être proche de vous, probablement importante sinon vous ne seriez pas ici ; mais elle n’était pas Maman.

Je sens les larmes monter jusqu’à mes yeux : tante Adèle continue de trifouiller la fausse fleur de son couvre-chef. Est-ce qu’elle est réellement en train de se moucher dedans ?

– Maman s’inquiétait pour moi : pour mes études, pour mon avenir, pour ma santé. Mais ça, d’aucuns pourraient y voir une déformation professionnelle. Elle mangeait toujours les plats que je préparais, s’évertuant à les trouver bons quand je m’évertuais moi-même à les rendre moins mauvais. Elle n’a jamais compris comment marchait son téléphone portable, n’a jamais voulu apprendre d’ailleurs, et se mettait en colère contre les chats quand ils boulottaient les primevères qu’elle venait de planter. Elle croyait savoir parler anglais, et c’était la seule à qui je me retenais de corriger les fautes de langue. Elle n’a jamais remis son pantalon préféré après qu’il a perdu son bouton, car elle était incapable de coudre et j’ai hérité de ses lacunes : ce n’était pas de la paresse, c’était simplement elle. Elle savait que les choses cassées pouvaient être réparées, mais pensait que celles vouées à disparaître ne devaient pas être ramenées…

J’ouvre les vannes, laisse les souvenirs couler en gouttes limpides le long de mes joues. Tout ceci n’a vraiment ni queue ni tête, c‘en est affligeant. J’affronte tant bien que mal le regard des invités.

– … Et aujourd’hui… aujourd’hui c’est elle qui est partie. Aujourd’hui c’est moi qui ne peux pas la ramener.

C’est tout. Je sens que c’est tout. J’ai plein d’autres mots qui me viennent – je voudrais rendre l’histoire plus belle. Je voudrais la rendre plus belle, une dernière fois, pour que dans leur esprit les gens gardent réellement l’image d’une femme merveilleuse, ce qu’elle était, mais je ne peux plus. Les sons restent bloqués dans ma gorge. Je vois Bergman, et je jure lire sans ses yeux une lueur de satisfaction. Petit triomphe à peine modeste. Ca dit j’ai gagné, tu as perdu et il a raison : j’ai perdu.

Mauvais joueur, je cours dans l’allée centrale, avant que mes yeux n’explosent. Je pousse le lourd battant de la porte : septembre me happe alors que je m’enfuis. »

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11 Réponses to “Les Candidats #1”

  1. Mathilde Says:

    L’abandon ? Tiens donc 🙂

    « après qu’il a perdu son bouton »… qu’il « ait », non ? (Ça m’a brusquement arrêté dans le rythme de ma lecture.)

    On te retrouve bien, et ce même si c’est une bribe d’un texte bien plus long 🙂

  2. Steffie Says:

    Emouvant premier extrait…j’ai hate de lire la suite ^___^ (desolee pour l’absence d’accents, j’habite en Outre-Manche!)

  3. Manior Says:

    Les 3 dernières lignes sont superbes!!
    ça m’a scotché!

  4. _Cha Says:

    Ca commence bien, ça donne envie de lire la suite. Comme tout tes écrits 🙂

  5. Emi Says:

    C’est dingue.
    T’as vraiment un don !
    Tu associes des mots ensemble et « ça le fait » (°-°)
    C’est stupéfiant.
    Ca donne effectivement envie de connaître toute l’histoire!!

  6. audrey Says:

    ça transpire un être formidable et délicat.
    je t’aime, mais tu le sais déjà.

  7. Titania Says:

    Tout a fait d’accord avec Manior, les dernières lignes sont les plus belles.

  8. Ploumfette Says:

    L’agitation de tes doigts est compréhessible je pense…
    Et comme les autres l’ont déjà dit, hate de lire la suite, hate de voir un roman de toi, voir ce que ça peut donner…
    (PS : la nouvelle banière fait plus vivante. Un vrai nouveau départ non?)

  9. Quentin Says:

    Je rejoins la majorité pour dire que les 3 dernières lignes sont les plus belles.

    Par contre, je suis sur ma faim. Ce discours pourrait donner lieu à quelques choses d’émouvant, ou en tout cas quelque chose d’intense pour le personnage principal. Et j’avoue que j’ai trouvé ça « plat » par rapport à ce que tu as déjà pu écrire par le biais de précendentes histoires. J’attendais davantage d’intensité dans cette scène. Je crois que ce qui « bloque » dans cet extrait, c’est le discours que prononce le personnage. Il prend trop de « place » dans la narration au dépends de tout l’aspect émotionnel qu’il y a derrière, et casse le rythme de la narration.

    Voilà, je peine un peu à formuler mon point de vue, mais j’espère tout de même avoir plus ou mois réussit à le faire comprendre.

    En tout cas, j’attends la suite !

  10. tinissou Says:

    Mathilde > Bah non, c’est bien comme ça que l’on dit. ^^ » Et sinon oui, on ne peut pas se renier sur les thèmes qui nous touchent… 🙂

    Steffie > Pas de problème, surtout pour dire quelque chose d’aussi gentil.

    Manior, Titania > Ouf, au moins ai-je coupé au bon endroit ! ^^

    Cha > Ca, c’est rassurant. J’essaierai de poster régulièrement des extraits, alors, et puis surtout de le terminer. :d

    Emi > Oula, un don, je ne sais pas. Ca reste très simple je suppose, beaucoup d’auteurs accomplis n’y prêteraient sans doute même pas attention. Mais comme ce ne sont pas eux qui me lisent… L’important c’est que ça vous plaise, que je me fasse plaisir en écrivant et que vous preniez plaisir en lisant. 🙂

    Ploumfette > C’est certain. 😉

    Quentin > Peut-être parce que cet extrait est centré sur un dialogue, et que tu n’as pas l’intégralité de la scène qui va avec, non ? Car si tu parles de la narration à partir du moment où il commence à parler, je l’ai fait exprès. Je ne dis pas ça pour éviter une critique, évidemment – surtout de ta part ^^ – mais parce que ça me paraissait évident que dans un tel moment, les pensées de Max se précipitent et se mélangent, et qu’il lâche verbalement tout ce qui lui vient à l’esprit à cet instant précis. D’où son trouble et son discours, finalement personnel et « déviant » de son but premier. Après il y a un « avant » discours évidemment, et surtout si un jour tu as l’occasion de lire ce roman en entier (Dieu, pense à moi) il y a aussi une psychologie de caractère : il faut composer avec l’attitude de Max face à la situation, qui ne sera peut-être pas celle que j’adopterais ou que tu adopterais dans de telles circonstances. Je n’en dis évidemment pas plus…

    Mais je prends note, hein ?! 🙂

  11. Quentin Says:

    Oui, je suis d’accord, suivant comment tu as pu construire le début de la scène alors oui cette partie peu parfaitement fonctionner. Mais bon, avec ce que j’ai là, je ne peux pas juger complètement. Néanmoins, sur ce nouveau partie-pris, je pense que les petites coupures entre le discours peuvent être un rien developpé en plus, juste un petit rien qui se pencherait un peu plus sur sa psychologie. Mais là encore, c’est vrai qu’il me faudrait le début pour savoir si remarque est pertinente.
    Bon, je lirai Gémini tout à l’heure, quand j’aurais un peu plus de temps. Bzz

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